29 janvier 2009
Radios en Europe
Comment
les radios alternatives sont-elles traitées en Europe ? Comment
sont-elles soutenues par le public ? Y-a-t-il des différences
entre les radios des pays européens ?
Une comparaison entre la radio
HDR (Radio des Hauts de Rouen) en Haute-Normandie et la radio Flora
(Freundeskreis Lokalradio Hannover) en Basse-Saxe montreront la
situation des radios en Europe et leur importance. Leur importance de
présenter un autre point de vue du monde et de s’adresser aux
différentes couches de population. Avec des émissions interculturelles,
les radios alternatives garantissent la diversité de la société et sont
un moyen de lutter contre la xénophobie.
Radio HDR de Rouen et Radio Flora d'Hanovre, ce sont deux radios
associatives qui donnent la parole aux citoyens et "à ceux qui ne l'ont
pas" , comme Moïse Gomis, le directeur de Radio HDR le formule. La
Radio des Hauts de Rouen a été fondée en 1994, dans un temps où l'Etat
libéralisait les ondes et permettait aussi aux citoyens de recevoir une
fréquence dite "radio libre". Après une phase de test, le Conseil
Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) a donné en 1996 le fréquence 99.1 FM
de la bande rouennaise en permanence à la Radio HDR. Avec une web
radio, radio HDR est aussi accessible au-delà de Rouen. La radio
emploie 8 salariés et une centaine de bénévoles, de plus elle offre des
formations.
Pour "l' éducation populaire" la radio HDR forme
ses bénévoles en proposant des stages, et met également en place l'
"EuroRadioFormation" avec laquelle des personnes sans emploi
travaillent dans les secteurs technique, journalistique ou de
l'animation.
D'après
son slogan "Le mix de cultures", les sujets traités à la radio sont
aussi variés que les émissions : des thèmes de jeunesse, de culture
mais aussi de santé, de citoyenneté ou de vie politique. Sans oublier
la musique ! Radio HDR ne met pas en valeur l'actualité, mais prend le
temps nécessaire pour chacun. "On est là pour respecter les gens"
souligne Moïse Gomis.
La radio HDR est subventionné à 99 % par des
structures publiques, soit partiellement par la ville de Rouen, soit
par la région, le département et l'Etat français. Seulement les projets
sont payés, la production de la radio reste non-rémunérée. Au mois
d'octobre, la radio HDR était "en danger" parce que les salaires du
mois dernier n'étaient pas payés : des manifestations ont suivi, une
solution a été trouvée par un redressement judiciaire.
Par jour, on
compte entre 2000-3000 auditeurs de la radio HDR, ce qui n'est pas
étonnant si on regarde les offres de programme qui est adapté à la
population rouennaise et à leurs besoins, mais elle s'occupe également
de l'intégration des minorités. C'est pourquoi la radio diffuse des
émissions aussi en arabe, berbère, wolof, manjako et pulaar.
Radio
HDR implique aussi des "reporters amateurs" dans ses émissions, par
exemple dans le cadre de la radio scolaire ou aussi avec les jeunes
reporters de "Journal Globules".
Les mêmes objectifs sont suivis par radio FLORA, une radio des
citoyens d'Hanovre en Basse-Saxe, située dans le nord -ouest de
l’Allemagne. En 1993, l'institut des médias de Basse-Saxe a permis de
fonder une radio des citoyens, jusqu'en 2002 l'expérimentation "radio
flora" continuait. A partir de là, radio Flora a reçu la licence pour
lancer une radio officielle sur le 106,5 FM pour les sept années
suivantes. La radio veut promouvoir la participation des citoyens, à
côté des 10 salariés, il y a 9 apprentis et environ 400 bénévoles qui
sont impliqués dans la radio ! Il y a la possibilité de lancer
des émissions, de faire un stage ou même un apprentissage. Depuis 1999
la radio forme, en effet, des jeunes pendant trois ans aux créateurs de
média en image/son en collaboration avec une chaîne de télévision
locale. Le nombre des auditeurs oscille entre 100-200 pour les
émissions en tamoul, et entre 100 000 auditeurs pour les émissions
quotidiennes.
Comme la radio HDR, radio Flora diffuse aussi des
émissions dans des langues étrangères : en ghanéen, persan, portugais,
espagnol, kurde, grec, albanais, polonais, tamoul et en serbe.
Du point de vue financièr, Radio Flora reçoit des subventions par l'institut des médias de Basse-Saxe et est financée aussi par des dons, des cotisations et par le travail bénévole. Mais même si Radio Flora n'a pas les mêmes problèmes d'argent que la Radio HDR, elle doit s'arrêter le 31 mars 2009 : l'institut des médias de Basse-Saxe ne prolonge pas sa licence de diffusion. Au lieu de cela, une autre chaîne plus conformiste a reçu la licence, parce qu'elle est "plus professionnelle avec des émissions plus variées". C'est pourquoi la rédaction de radio Flora réfléchit à la manière de continuer avec une web radio. La décision de l'institut des médias de Basse-Saxe est quand même assez grave. "La décision de l'institut des médias de Basse-Saxe contre Radio Flora n'est pas seulement amère, on ne peux pas non plus la comprendre ", explique le comité directeur de la radio.
Si on compare la situation des deux radios en France et en
Allemagne, il y a beaucoup de choses en commun : deux associations avec
l'objectif de sauvegarder la diversité de la société, et pas uniquement
avec des émissions en différentes langues ! Ce sont deux radios
qui impliquent les habitants locaux, des immigrés, des jeunes, des
personnes âgées, des musiciens locaux et internationaux... et deux
médias qui sont dépendants du soutien public.
Mais pendant que la
radio HDR peut encore compter sur l'Etat, la radio Flora devra laisser
sa licence de diffusion à une autre radio : il semble qu'une radio
alternative et critique ne soit pas bienvenue dans le paysage
médiatique de Basse-Saxe. Malheureusement.
Daniel Hadwiger





